Quelques uns des livres lus pour la fac …

Hello ! C’est avec cet article, un peu long j’avoue, que j’avais prévu de revenir, mais finalement j’ai été obligé de faire autrement et ce n’est pas plus mal. Je vais donc vous parler aujourd’hui de ces livres que j’ai lu pour la fac et que je n’aurais probablement jamais lu en dehors.
J’ai toujours aimé la lecture mais je pense que comme beaucoup de gens, lire des livres pour l’école a (presque) toujours été un supplice (oui oui). J’ai étudié Antigone d’Anouilh 3 ans d’affilés, Don Juan de Molière 5 ans (pas de suite mais presque), j’ai été obligé de lire des classiques que je trouvais franchement plus nuls les uns que les autres, bref, j’aime lire mais ni sous la contrainte, ni des livres qui ne m’intéressent pas (ça paraît logique). Arrivée en fac de lettres je me suis dit : « chouette, à moi les bouquins intéressants ! » … L’espoir fait vivre comme on dit. Plus sérieusement, même si les livres étudiés ne me plaisent pas toujours (coucou Don Juan), je trouve que les cours qui les accompagnent sont globalement très intéressants (pas coucou Don Juan) et permettent d’un peu moins subir les œuvres auxquelles nous n’accrochons pas.

Ces livres que je n’ai pas aimé

Comme je l’ai dit plus tôt, il y a ÉNORMÉMENT de livres que j’ai lu pour les cours que je n’ai pas aimé. Cette année j’avoue avoir tiré le gros lot avec, en autres, deux livres de Hannah Arendt, une antologie de Don Juan et L’Assommoir de Zola (que nous rencontrerons plus tard dans cet article).

En ce qui concerne Arendt je crois qu’elle fait partie de ces auteurices que l’on adore ou que l’on déteste, il n’y a pas d’entre-deux. Pour ma part : je déteste. Je déteste aussi bien sa façon de voir le monde que sa plume, qui sont toutes les deux noires, lourdes, pessimistes. Je fais partie de ces gens qui ne refusent pas de voir les horreurs du monde mais qui croient en l’humanité, en un avenir meilleur, et pas Arendt (l’avantage, c’est que pour avoir une bonne note il m’a « suffit » de penser à l’envers). Je ne recommanderais donc pas Arendt à tout le monde – non pas parce que j’ai véritablement détesté chaque ligne que j’ai lu – mais parce que c’est extrêmement noir et pesant, voir culpabilisant par certain moment : donc à ne pas lire si on a un petit coup de déprime, ou juste avant de dormir (en même temps qui va lire ça avant de dormir …). Je suis désolée, je reste assez vague dans mon commentaire car ces lectures ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable, seulement un goût amer.

Je ne m’attarderais pas non plus sur Don Juan qui est une « oeuvre » bien trop mise en avant à mon goût. Glorifiée, la figure de Don Juan a été mystifiée et romantisée à l’extrême alors qu’on parle tout de même d’un homme qui ment, triche et manipule tout le monde, et en particulier les femmes (« mais il fait ça par amour, vous comprenez ? » explique Jean Massin au début de cette antologie, déjà ça partait mal …). Don Juan est un personnage qui est problématique et qui est étudié bien trop longtemps et bien trop jeune. C’est une figure que l’on excuse de tous les maux parce que c’est « un bon vivant », « un séducteur », « un homme qui aime LES femmes » et que « finalement il est surtout malheureux, seul, triste et incompris », toutes ces choses que les profs peuvent dire, que les critiques écrivent et qui encore une fois nous rappellent que les femmes ne sont rien et que les hommes ont tous les droits et qu’il faut tout leur pardonner.

On passe à autre chose avant que je m’énerve vraiment ? Oui, on va faire ça … parce qu’il y a aussi quelques livres que je n’ai ni aimé, ni détesté, que j’ai simplement lu et très honnêtement oublié une fois le partiel passé comme : les Pensées de Pascal ou le Dictionnaire philosophique de Voltaire. Je réuni ces deux œuvres qui, selon moi, se ressemblent par le fait qu’elles interrogent le monde en nous invitant nous aussi, lecteurices, à l’interroger, à le voir autrement, à faire preuve d’esprit critique. J’ai eu la chance d’avoir des cours très complets et je pense que c’est la clé pour, si ce n’est apprécier, comprendre ces œuvres, leur but, leur importance. Toutefois, les Pensées sont restées pour moi très nébuleuses et le Dictionnaire philosophique vraiment problématique, même en « replaçant l’oeuvre dans son contexte ».

Bon … après vous avoir assommé avec quelques uns des livres que je n’ai pas aimé, et si on s’accordait un peu de douceur ?

Ces livres que j’ai aimé

La fac n’a pas que des mauvais côtés car on découvre parfois de « petites » pépites au milieu de cette montagne de livres, et ce fût le cas pour les trois livres suivants : Oeuvres sur l’esthétique et le théatre de Diderot, Ecrits sur l’art de Baudelaire et Contre Sainte-Beuve de Proust.

Pour commencer j’ai découvert Proust avec ce livre et honnêtement je n’avais pas du tout envie de le lire. J’avais toujours entendu que le style de Proust était lourd, que ses phrases étaient si longues qu’on oubliait le début avant d’arriver à la fin, bref, ça commençait vraiment très mal … Et puis je me suis décidée à lire quelques mots, qui se sont transformés en quelques lignes, puis quelques pages, et finalement un livre entier. J’ai plongé à reculons dans l’univers de Proust que je croyais lourd et pédant et j’ai découvert une plume tout en douceur, en poésie et en finesse, avec des phrases très longues certes, mais bien pensées et envoûtantes. J’ai vu les paysages de son enfance et visité le grenier de sa maison, j’ai senti les fleurs et le vent, j’ai goutté aux fruits et été éblouie par le soleil. Sans bouger de mon canapé j’ai été entraîné à travers les pages dans une France ancienne et pourtant familière, par un auteur que j’étais certaine de détester.
Pour ce qui est du titre, il est trompeur. On s’attend à un concours de « qui a la plus grosse » (je ne sais pas s’il existe une expression politiquement correcte, toutes mes excuses), comme beaucoup d’ouvrages d’auteurs qui répondent à d’autres, mais ce n’est pas vraiment le cas. Il s’agit d’un auteur ayant une vision différente d’un autre certes, mais Proust se contente de donner son point de vue, pas de descendre l’autre. Bon, il donne son point de vue pour descendre celui de Sainte-Beuve, oui, mais c’est subtile, c’est élégant, c’est beau ; et le plus beau est que, selon moi, à tant vouloir donner tort à Sainte-Beuve, il lui donne finalement en partie raison et surtout, il lui donne du crédit, de l’importance, car sans Proust, qui se souviendrait de Sainte-Beuve …?
Pour ceux qui ne le savent pas – et je ne savais pas non plus avant d’avoir un cours sur lui – Sainte-Beuve était un critique littéraire français du XIXe siècle qui a contribué à l’avancé et au renouvellement de la critique littéraire en questionnant la place de l’auteur dans la création de son oeuvre et en affirmant que la vie de ce dernier influençait ses choix, sa plume.

En ce qui concerne Baudelaire … c’est un amour à sens unique. Je l’aime d’un amour infini, malheureusement ce n’est pas réciproque et j’ai des notes affreuses à cause de lui.
Je ne connaissais que ses poèmes jusqu’à cette année. J’avais déjà vu passer dans mes cours qu’il avait écrit des critiques d’art vers la fin du XIXe, mais je ne m’attendais pas du tout à ça. Baudelaire est un poète, et lorsqu’il parle d’art son lyrisme l’accompagne, mais … et le mais est des taille : j’ai été déçu. Attention, ses critiques sont sublimes pour la plupart et j’ai beaucoup aimé ma lecture, mais je n’ai pas adoré parce qu’il manquait quelques chose : de la vérité. Avant que vous hurliez, laissez moi m’expliquer. J’ai lu l’année dernière, pour le même cours, les Oeuvres sur l’esthétique et le théatre de Diderot et si au début j’étais sceptique, j’ai finalement été conquise. Diderot a commencé la critique d’art avec La Correspondance littéraire de son ami Grimm (aucun rapport avec les frères Grimm des contes, désolé) à partir de 1769. Il écrira des critiques pour cette revue jusque dans les années 1780, revue qui était lue par les souverains et souveraines des royaumes voisins, donc non soumise à la censure. Je crois que le plus fascinant n’est pas la liberté octroyée de ce fait à Diderot, ni sa capacité à exprimer ce qu’il ressent, mais de voir la différence entre ses premières critiques et les dernières. Il gagne en assurance mais aussi en style. Lors des premiers Salons il se cherche, il est académique, méthodique, il n’ose rien, mais au fil des ans il se dévoile et fini par s’épanouir entièrement. Il est parfois très (trop) dur avec certains artistes, mais d’autres fois on sent combien un tableau ou même un artiste l’a touché, ému. Il nous emporte dans son tourbillon de sentiments et de couleurs, et ne nous emmène pas voir des toiles figées, mais des histoires, des mouvements, des émotions et des vies suspendues. C’est ce qui pour moi a pêché chez Baudelaire, je n’ai pas ressenti ses émotions, je n’ai pas vu à travers ses yeux. Alors si les descriptions étaient belles et la plume proche de la perfection, un texte sans vie reste décevant. Vous devez vous demander pourquoi j’ai mis Baudelaire dans cette catégorie si j’ai été si déçue, c’est simplement parce que je pense que si je l’avais lu avant Diderot, j’aurais adoré puisque ce que l’on ne connait pas ne peut pas nous manquer. Dans les écrits de Diderot j’ai découvert une sincérité que je ne pensais pas possible, acceptable, admise, dans ce genre littéraire, c’est pourquoi quand j’ai lu Baudelaire, son lyrisme m’a paru presque décoratif alors que ce sont simplement deux styles diamétralement opposés.

Et en parlant de déception, passons donc à la suite …

Ces livres que je n’ai pas fini

Je l’avoue, il m’arrive, occasionnellement, de ne pas finir un livre. C’est rare, je n’aime pas ça, mais je me dis que ça ne sert à rien de se forcer. Cette année j’ai donc abandonné deux livres de cours : Palimpsestes de Gerard Genette et L’Assommoir (dont je vous parlais au début) de Zola.

Je vais vous épargner ma critique de Palimpsestes puisque de toute façon je n’ai : rien compris. C’est de la linguistique professionnelle et personnellement j’ai à peine un niveau bac à sable. Je ne doute pas que ce soit intéressant pour les personnes qui comprennent ce langage, mais honnêtement pour des L1 c’est incompréhensible (ou alors j’ai un cerveau défectueux, ce qui est possible aussi). Pour autant la linguistique est une matière très intéressante qui nous permet de mieux comprendre les langues et leurs fonctionnements (oui parce que toutes les langues ne se ressemblent pas, j’enfonce des portes ouvertes, mais on ne sait jamais). En bref, si vous voulez un bon livre de linguistique accessible, privilégiez plutôt Alice au Pays du Langage de Marina Yaguello.

Maintenant je vais passer au sujet qui fâche : je déteste les romans de Zola. J’admire et je respecte énormément son travail, mais je ne supporte pas sa plume naturaliste. J’ai été obligé de lire L’Oeuvre et Au Bonheur des Dames quand j’étais au collège/lycée et j’ai rarement eu autant de mal à lire des livres ; mais je les ai lu, détesté, mais lu. En revanche, L’Assommoir n’est pas passé. Je l’avais déjà abandonné l’année dernière, et j’ai recommencé cette année parce, je suis désolée mais : c’est un enfer. Il n’y a pas l’ombre d’une minuscule étincelle d’espoir dans la plume de l’auteur, tout est noir, les gens sont profondément mauvais et/ou condamnés à des vies misérables. Je ne dis pas qu’il faut toujours embellir la réalité, mais rien ne sert de la noircir non plus. Je crois que le plus frustrant, le plus triste, le plus terrible dans ce livre a été de découvrir que Zola pouvait décrire la beauté et le bonheur à la perfection, qu’il avait le don de mettre les mots justes sur une beauté simple et familière, mais que son seul but était de peindre un tableau magnifique pour ensuite le carboniser. Vous trouvez que je suis dure ?
[no spoil] Si vous avez lu le livre vous voyez probablement la scène où Coupeau est sur son échafaudage, on a alors l’impression qu’il danse, que les toits de Paris sont son royaume, la description de ce moment, aussi bien de l’atmosphère que du personnage, est d’une beauté saisissante. C’est le seul moment de pureté du livre, le seul instant de beauté et l’auteur nous l’arrache.
[spoil] Ce qui est bien fait en revanche c’est qu’à l’image de Coupeau, nous tombons de très haut.
Je sais que je vis dans un monde de bisounours, je sais que cette littérature plaît à beaucoup de gens, je sais que la vie n’est pas toujours belle, mais justement. Quand je lis un livre je n’ai pas envie qu’on me rappelle combien la vie peut être dure et injuste, combien les Hommes peuvent être mauvais, combien le bonheur semble impossible. On me dit souvent que j’ai toujours aimé la beauté, et c’est vrai, j’aime les belles choses, mais j’aime surtout la vérité (comme chez Diderot si vous avez suivi). Je déteste le naturalisme parce qu’il est a mon sens une version enlaidie, désenchantée de notre monde, mais je déteste aussi la plupart des romances qui en sont, pour le coup, une version enjolivée (et je pèse vraiment mes mots). Certains aiment les textes très sombres, d’autres les textes très mièvres, personnellement j’aime les textes à la fois noirs et lumineux, qui traduisent aussi bien la dureté de la vie que sa beauté la plus pure et la plus vraie, où l’on peut tirer le meilleur du pire, où l’espoir aussi imperceptible soit-il est latent.

J’espère que cet article vous aura plu, que je n’ai froissé personne, tout cela reste bien évidemment entièrement subjectif.
N’hésitez pas à me dire si vous en avez lu certains et ce que vous en avez pensé.
N’hésitez pas non plus à me laisser un petit commentaire pour que je puisse m’améliorer.

May the kindness be with you.

Lilou

2 réflexions sur “Quelques uns des livres lus pour la fac …

  1. C’est fou que vous étudiez Arendt en lettres alors qu’en 7 ans de philo, je n’ai eu aucun cours sur elle, alors que c’est bien une philosophe et non une romancière. je suis vraiment étonnée de ce choix et je suis donc curieuse du cours que tu as bien pu avoir sur elle 😉
    J’aime beaucoup la plume de Zola ^^ certes, il est super dur à lire, et à étudier, mais c’est un vrai analyste de son époque, et l’on sent tout le travail qu’il met derrière ses titres.
    Quand à Dom Juan, c’est sûr qu’il est très problématique et qu’il ne faudrait le faire étudier qu’au lycée, avec une certaine maturité. Pour Antigone, c’est vraiment un texte plaisant, mais je comprends qu’au bout de 3 fois, tu en aies mares ^^

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    • Pour Arendt c’était un cours qui mêlait droit, philo et socio, c’était vraiment vraiment pas ouf (et très très dur soit dit en passant mdr). Par contre effectivement c’est étonnant que tu ne l’aies pas vu en études de philo, personnellement les profs ont commencé à nous parler d’elle dès la 1e.
      Pour Zola le seul livre que j’ai aimé est J’accuse, mais j’aimerais beaucoup découvrir ses critiques d’art car c’est vraiment ses romans que je n’aime absolument pas.
      Pour ce qui est des figures de Don Juan et d’Antigone, je sais qu’elle plaisent/fascinent pas mal de monde maiiiiiiiiiiiiiiiiiiis définitivement je suis hermétique ^^ (mais j’ai beaucoup de mal avec les classiques et je déteste le théâtre donc ça doit pas mal jouer)

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